À l’aube de 2007, année des 18 ans d’Élianne, la vie est belle. Elle étudie en bio-écologie et se dirige en biologie marine. Elle est athlète en vélo de montagne, a un amoureux et part pour le Mali visiter son frère et sa famille... Élianne est heureuse. Jusqu’à la journée fatidique où sa vie bascule.

Les textes de cette chronique proviennent d'extraits de courriels envoyés à la famille par Jocelyne, sa maman. L’histoire d’Élianne m’a bouleversée et je voulais vous donner la chance de la lire. Pour vous faire connaître un peu Élianne, nous avons débuté cette chronique en mai par son voyage au Mali avec Jocelyne. Nous vous recommandons cette lecture préalable. MISE EN GARDE : certaines images et textes peuvent heurter la sensibilité des personnes non averties.

L'accident

Le mardi 22 mai 2007

Premièrement, pour ceux et celles qui ne le savent pas encore, Élianne a eu un grave accident d'auto samedi soir dernier (le 19 mai). Elle était allée fêter son anniversaire avec trois copines au Bourbon à Sainte-Adèle. Au moment de tourner pour entrer dans le stationnement du bar, leur voiture a été emboutie à l'arrière par une dame en état d'ébriété. On sait que c'est une récidiviste de l'alcool au volant. Les trois autres filles n'ont presque rien eu. Élianne a eu un grave traumatisme crânien, car elle était assise à l'arrière, du côté de l'impact. Elle avait bouclé sa ceinture. Son cerveau a rebondi dans sa boîte crânienne. Elle était déjà inconsciente à l'arrivée des ambulanciers.

 

Elle est depuis ce temps à l'Hôpital Sacré-Coeur où elle lutte pour sa vie. Elle est dans un coma profond, et les médecins la gardent dans le coma avec des médicaments très puissants (barbituriques), afin de mettre son cerveau au repos complet. Le principal problème pour les prochains jours c'est que le cerveau enfle et enfle. Les médecins doivent d'abord arrêter l'enflure. Comme c'est surtout le côté droit qui enfle, ils savent que le « pic » de l'enflure peut être vers 3 ou 4 jours après l'impact.

 

Hier, elle a eu un épisode de très haute pression intra-crânienne. (Elle a un drain dans la tête qui mesure cette pression.) Les médecins sont intervenus et au bout de quelques heures, la pression est revenue à la normale. Ils continuent d'intervenir avec des médicaments pour l'instant, afin de mettre fin à l' enflure. Le docteur Verdant qui la suit est super bon, paraît-il, en plus d'être gentil. Je lui ai dit que je l'aimais! Il fait tout, il veut tout faire. Il dit qu'elle a un « hestie » de bon coeur, un coeur extraordinaire, un coeur à son goût pour les interventions qu'il veut tenter. Avec ce coeur a-t-il dit, « je peux faire tout ce que je veux, lui donner beaucoup, elle peut le prendre ». Ça veut dire qu'ils maintiennent par médication sa pression artérielle (générale, pas dans la tête) haute, afin que le coeur pompe le sang nécessaire à l'irrigation du cerveau malgré l'enflure. Il dit que son cerveau est présentement mieux irrigué de sang que le nôtre!

Ce matin, 5 h, l'infirmière m'a dit que la pression intracrânienne a tendance à monter depuis hier, mais toutes les 3 heures, quand ça remonte, ils lui donnent du mannitol et elle répond bien : la pression recommence à descendre. Je suis à la maison pour me faire un petit bagage, car je m'en vais à Montréal pour plusieurs jours. Je dormirai à l'hôtellerie des Soeurs de la Providence tout à côté. Je passerai tout mon temps à l'hôpital. Mon cellulaire sera bien sûr fermé, mais je prends mes messages régulièrement. Si ma boîte vocale est pleine, réessayez plus tard.

 

Je ne rappelle pas tout le monde, car je veux passer le plus de temps possible avec elle. Vous vous donnerez des nouvelles entre vous quand j'en enverrai. Si quelqu'un veut venir me voir, je serai à l'Hôpital Sacré-Coeur pendant les heures de visite. Vous ne pourrez pas voir Élianne, mais vous pourrez me tenir compagnie.

 

Et ça, c'est déjà beaucoup, car le temps est très long. Je peux être à son chevet quelques instants à chaque heure. Le reste du temps se passe dans un corridor sur de petites chaises très inconfortables. Le soir, j'y serai environ jusqu'à 21 h. Nico, son amoureux, assume le « quart du soir ». Il reste plus tard. Elle est aux soins intensifs. Si je ne suis pas dans le corridor, c'est que je suis dans sa chambre pour quelques minutes, ou à la cafétéria ou partie dîner chez mes petites soeurs de la Providence.

 

ALORS VOS PENSÉES DES PROCHAINS JOURS DOIVENT ÊTRE CENTRÉES SUR CE CERVEAU QUI CHERCHE À PRENDRE DE L'EXPANSION. C'EST LE DÉFI DU MOMENT, ET C'EST SUR CELA QUE VOUS DEVEZ VOUS CONCENTRER QUAND VOUS PENSEZ À ELLE.

 

Pour la suite, c'est un mystère total, TOUT peut arriver.

 

Je n'écrirai sans doute pas avant le prochain week-end, si je viens à la maison. MERCI À VOUS TOUS DE PENSER À ELLE.

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