À l’aube de 2007, année des 18 ans d’Élianne, la vie est belle. Elle étudie en bio-écologie et se dirige en biologie marine. Elle est athlète en vélo de montagne, a un amoureux et part pour le Mali visiter son frère et sa famille... Élianne est heureuse. Jusqu’à la journée fatidique où sa vie bascule.

Les textes de cette chronique proviennent d'extraits de courriels envoyés à la famille par Jocelyne, sa maman. L’histoire d’Élianne m’a bouleversée et je voulais vous donner la chance de la lire. Pour vous faire connaître un peu Élianne, nous avons débuté cette chronique dans le numéro de mai 2017 par son voyage au Mali avec Jocelyne. Nous vous recommandons cette lecture préalable. MISE EN GARDE : certaines images et textes peuvent heurter la sensibilité des personnes non averties.

Les montagnes russes

J'en suis là, d'heure en heure avec peu de certitudes quant aux heures à venir. Johanne, notre ange des soins intensifs m'a bien fait comprendre que dans ce service, on prend toujours « un instant à la fois », ne sachant jamais ce qui nous pend au bout du nez.

Le syndrome de détresse respiratoire semble s'estomper. Je sais au moins que la saturation en oxygène est bonne, de même que les résultats des gaz artériels, et que la pression intracrânienne a diminué (bon signe). Hier, ils l'ont remise sur le dos et elle a conservé de bonnes valeurs de saturation.

 

La machine à hémodialyse est de nouveau arrêtée, ils ont bien des problèmes avec leurs tuyaux. Ils vont peut-être la repartir plus tard. On n'a pas reçu les résultats de la dernière radiographie des poumons. Je les demanderai au docteur aujourd'hui.

29 mai

 

ACCALMIE

Mon emploi du temps est pas mal bouleversé ces jours-ci. Je pense que je ne sais même pas moi-même OÙ je suis!

 

Nous avons eu une journée plus calme hier, la boule d'angoisse demeure, mais certaines choses reviennent à la normale pour Élianne : elle ne reçoit plus de médicament pour maintenir sa tension artérielle; elle ne reçoit plus rien depuis hier soir pour la maintenir endormie (propofol). Par contre, ils lui ont administré deux fois du versed, un genre de relaxant. Je suppose donc qu'elle a manifesté quelques signes d'activité et qu'ils veulent éviter qu'elle lutte contre son respirateur. J'en saurai plus lors de ma visite, car cela est arrivé seulement cette nuit et au téléphone il est difficile d'en savoir plus. L'hémodialyse est cessée depuis plus de 24 heures et cela semble ne semble pas être un problème. Elle urine et réussit à maintenir un certain équilibre électrolytique. Ils ont aussi enlevé quelques cathéters. Cela nous permet de mieux nous approcher d'Élianne et nous laisse plus de place pour lui donner des bisous. Aussi, elle a beaucoup désenflé (son corps), mis à part les jambes. Elle trouverait certainement encore qu'elle a les cuisses trop grosses! Sa pression intracrânienne est acceptable, un peu haute, mais pas trop, et sa saturation en oxygène est bonne. Ils ont baissé la machine oscillatrice de 100 à 55 hier soir et son état se maintient. (Ne me demandez pas ce que signifient ces chiffres, mais il paraît que c'est encourageant.) Ils pourront sans doute l'arrêter complètement aujourd'hui ou demain.

 

30 mai

 

L'accalmie se poursuit. J'ai l'impression d'avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête, en attente de la prochaine tuile qui nous tombera dessus. Je profite aussi bien sûr de cette accalmie et je me détends un peu. Je suis très consciente qu'Élianne a gagné quelques batailles, mais que d'autres l'attendent sans doute, sans parler de la plus importante : la réadaptation.

 

Je ne sais pas de quoi la journée d'aujourd'hui sera faite... Je ne sais pas si tout peut rentrer dans l'ordre. Je verrai ce que dira le docteur aujourd'hui.

Moi, je suis crevée, angoissée, bouleversée, mais je veux continuer d'y croire tant qu'elle s'accroche!

Je vous envoie une photo d'Élianne, qui date de 2 ans, pour ceux qui ne se souviennent pas d'elle ou qui ont besoin de son image pour la visualiser comme elle est : belle, intense, VIVANTE! (mais une très tanante de fille!)

 

28 mai

 

UNE SEMAINE APRÈS L’ACCIDENT

 

J'ai finalement pu quitter le centre hospitalier pour quelques heures et venir chez moi me retrouver un peu dans mes affaires, et surtout faire quelques (!) ou plutôt un millier de petites choses laissées en attente. Je ferai bien sûr le minimum, car j'ai hâte de retourner auprès de ma poupoune.

 

Elle a passé une bonne journée hier, une bonne soirée et une bonne nuit.

27 mai 2007

 

La journée d’hier a été la pire de toutes, et j'espère qu'elle le restera! L'ENFER!

 

Et non, je ne suis pas retournée chez moi comme prévu, j'ai l'impression que plus rien n'est prévisible dans ma vie. Ma petite poupoune nous en a fait voir de toutes les couleurs. Elle a été dans un état très instable pendant plusieurs heures, en raison d'une autre maudite complication : « syndrome de détresse respiratoire aigu », c'est une complication pulmonaire qui fait que ses poumons ne fonctionnent plus normalement et qu'elle ne peut donc s'oxygéner. Malgré la nouvelle machine respiratoire installée (une autre!), son taux d'oxygène du sang ne parvenait pas à saturation. Ils ont dû entreprendre une manœuvre spéciale, c'est-à-dire la mettre sur le ventre (méchant contrat avec tout l'attirail auquel elle est branchée) dans un lit spécial commandé spécialement. EN TOUT CAS, VOUS SAVEZ OÙ VA UNE PARTIE DE L'ARGENT DE VOS TAXES! Depuis environ 22 h 30 hier soir, elle a des paramètres plus intéressants et son taux de gaz artériels (dans le sang) s'améliore.​

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