À l’aube de 2007, année des 18 ans d’Élianne, la vie est belle. Elle étudie en bio-écologie et se dirige en biologie marine. Elle est athlète en vélo de montagne, a un amoureux et part pour le Mali visiter son frère et sa famille... Élianne est heureuse. Jusqu’à la journée fatidique où sa vie bascule.

Les textes de cette chronique proviennent d'extraits de courriels envoyés à la famille par Jocelyne, sa maman. L’histoire d’Élianne m’a bouleversée et je voulais vous donner la chance de la lire. Pour vous faire connaître un peu Élianne, nous avons débuté cette chronique dans le numéro de mai 2017 par son voyage au Mali avec Jocelyne. Nous vous recommandons cette lecture préalable. 

Ma vie de sœur pendant plus de trois mois, ma petite chambre.

Ma retraite

J’avais apporté la photo et les cendres de Claire, ma maman, support moral de l’au-delà... et installé la photo d’Élianne au Mali avec un petit ange que quelqu’un m’avait offert. Toutes sortes de rituels m’aidaient à tenir le coup. J’ai réalisé qu’il me fallait quitter cet endroit quand la réceptionniste a fait un lapsus et m’a appelée « sœur Parent »! Mais j’y ai trouvé pendant ces longs mois exactement ce dont j’avais besoin, un petit nid tout à côté de ma fille. Ma chambre était directement située derrière la sienne quand elle a été transférée aux soins intermédiaires. Seulement quelques bâtiments bas et un stationnement nous séparaient. Chaque soir, je me tournais sur le côté gauche et je la serrais littéralement dans mes bras... Je le jure, je ressentais sa présence physiquement.

30 mai

 

Pendant que je me ressource dans le calme chez mes bonnes sœurs, Gilbert s’active comme un fou pour assurer la survie de la maison et de l’entreprise. La plupart des clients sont compréhensifs compte tenu des délais supplémentaires imposés par la situation, mais d’autres non.

 

Je continue d’apprécier tous vos encouragements et vos petites attentions, il m’est encore impossible de remercier personnellement tous nos anges gardiens, mais ce n’est pas faute de reconnaissance, plutôt de temps et de capacité de penser. J’ai aussi pas mal de paperasse à remplir pour la SAAQ et pour la cause judiciaire « La Reine contre Sandra Diotte » qui doit comparaître demain pour son plaidoyer de culpabilité. On verra après pour le procès, je vous en reparlerai.

 

31 mai

 

Je sais que plusieurs me trouvent très généreuse de vous écrire ainsi chaque jour et de vous tenir au courant. Soyez assurés que je le fais par très grand égoïsme, car cela me permet avant tout de faire le point et de savoir que vous continuez de diriger vos pensées vers celle qui en a tellement besoin.

 

Mardi, j’avais passé la journée et surtout la soirée à ressentir un malaise indéfinissable, un grand inconfort impossible à nommer. Hier, mercredi, je l’ai passé avec une boule d’angoisse perpétuelle, ayant la grande intuition que quelque chose n’allait pas. Comme je l’ai dit à ma sœur Chantale, j’avais l’impression qu’une grosse bibitte méchante rôdait aux alentours.

J’appréhendais beaucoup la rencontre avec le médecin.

 

Nous avons eu de bien mauvaises nouvelles lors de notre rencontre avec le D  Bernard concernant l’état d’Élianne. Comme il s’interrogeait sur le pourquoi de son instabilité perpétuelle et sur son peu de récupération des épisodes précédents, il lui a fait des tests pour évaluer sa fonction cardiaque, et a trouvé une malformation congénitale très rare. C’est ce qui explique, je ne sais pas pourquoi, qu’elle se retrouve en ce moment depuis plusieurs jours avec plein de petits caillots sanguins partout en circulation. Il y en a vraiment partout, son pancréas est atteint, son foie, ses muscles et probablement son cerveau. D’après le médecin, ces caillots risquent d’avoir causé des dégâts qui n’étaient pas là au départ. Il réserve donc son pronostic quant à la récupération possible. De plus, une valve de son cœur semble épaissie, il ne sait pas si c’est aussi à cause des caillots ou à cause d’une endocardite, ce qui serait très grave. Il nous a dit aussi que c’est peut-être aussi son cerveau qui est trop atteint et ne contrôle plus rien. Il a commencé un traitement à l’héparine pour dissoudre les caillots. Cela comporte cependant un certain risque de saignements, car ses plaquettes (coagulation) sont basses. Il se donne 24 à 48 heures pour évaluer tout cela.

 

Hier soir, auprès d’elle, je la sentais très très fatiguée. Je pense maintenant que c’est à elle de voir où elle s’en va.

 

ALORS, AUJOURD’HUI, IL FAUT VISUALISER TOUS CES PETITS CAILLOTS EN TRAIN DE SE DÉFAIRE UN À UN POUR LAISSER SA CIRCULATION IRRIGUER TOUS SES ORGANES.

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