L'enfance

Mon plus vieux souvenir... je dois avoir deux ou trois ans... est d’être au bord de la mer et de contempler avec bonheur les reflets du soleil sur les vagues. C’est le début d’une vie inspirée par la curiosité et le désir de mieux comprendre le monde par ce que je perçois.

Auparavant, selon ma mère, je vis dans la peur constante des bruits de la ville qui me terrifient. Ces bruits soudains de motos, d’avions, de chantiers, les sonneries de téléphone, de porte... font intrusion dans mon monde intérieur et m’agressent au plus haut point.

Photographies d'insectes de Georges Huard

Les institutrices de l’école trouvent merveilleux que je lise et que je m’intéresse à tant de sujets, mais elles ne voient pas qu’en même temps, cela me permet de m’isoler, m’évite d’interagir avec les autres. Ces autres qui me sont étrangers, qui passent beaucoup de temps à se chamailler ou jouer à des sports que je ne comprends pas, ces autres qui ont commencé à me harceler à l’école ou dans la cour de récréation.

Je suis nul en sport d’équipe. Non seulement je n’en vois pas l’aspect ludique, mais j’ai de pauvres habiletés motrices et de multitâches. Il va sans dire que je n’aime pas les cours d’éducation physique. Je dessine des insectes... et récolte des commentaires négatifs du genre « c’est pour les fifilles ».

Décidément, les règles sociales sont trop difficiles à comprendre, elles me semblent contradictoires. Lorsque je lis des livres d’histoire, je vois des hommes aux cheveux longs, mais à l’époque où la mode est aux cheveux courts, on entretient des préjugés envers les hommes aux cheveux longs. Lorsqu’en 1966, j’entends à la radio que les cheveux longs reviennent à la mode, je visualise des personnages historiques en costume d’époque comme si l’époque des mousquetaires revenait.

Photographie de Georges Huard, 20 novembre 2011

Les cours de sciences sont les cours dans lesquels j’obtiens les meilleures notes. Je m’y fais des amis qui ont aussi le goût des sciences et c’est le début de ma vie sociale. Cette vie sociale peut même se manifester dans la bibliothèque si on respecte la règle du chuchotement. La bibliothèque, cet endroit calme et prévisible, la bibliothèque... mon sanctuaire.

Ce séjour au bord de la mer me permet d’entrevoir un monde paisible où je peux me sentir en harmonie. Mon changement de comporte-ment est un grand soulagement pour ma mère. De plus, les lettres imprimées de son journal commencent à m’intriguer, et cette curiosité lui plaît beaucoup, car c’est le début de la découverte de la lecture.

C’est ce goût de la lecture qui devient mon salut en quelque sorte dans les années qui suivent. Je dévore les livres sur les sujets qui me passionnent : les insectes, les transports, les beaux-arts, l’Antiquité et la mythologie grecque.

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