À l'adolescence

L’adolescence est déjà une période parfois difficile pour un « neurotypique »; imaginez pour une personne autiste. Mes camarades de classe commencent à vouloir impressionner leurs collègues du sexe opposé, en faisant des conneries. On dirait que le tabagisme, le vol dans les magasins, les bravades dangereuses, ou bien l’école buissonnière sont des façons d’affirmer sa virilité.

Puisque les habiletés sociales ne sont pas mon fort, je suis harcelé et je me fais exclure des autres. Je me console en me disant qu’avoir de bonnes habiletés sociales peut causer du tort, car cela implique souvent de vouloir faire comme tout le monde, et finalement, faire comme tout le monde n’est pas nécessairement faire le bien.

 

Une de mes planches de salut, ce sont les activités parascolaires. C’est là où je peux rencontrer ceux qui partagent mes passions et échanger avec eux. C’est vers ce temps que je commence à comprendre que la société comporte des « sous-cultures », telles que celles des jocks, des geeks, des voyous, des écolos, etc.

J’apprends cela tout en participant aux sorties de la Société de biologie de Montréal, qui organise des excursions mensuelles. Chaque mois, nous nous rencontrons à une station de métro pour aller, par covoiturage, dans des parcs, pour observer les oiseaux et faire de l’herborisation. L’Université de Montréal nous prête des 

laboratoires pour permettre l’examination des plantes à la loupe binoculaire. Avec ma curiosité d’aspie, j’aime errer dans les vastes corridors du bâtiment principal, en attendant l’ouverture du laboratoire lorsque je suis arrivé en avance, et découvrir les ascenseurs à grille d’une autre époque, qu’il faut refermer soi-même, et qui laissent voir la montée à travers la grille.

Socialement, durant une excursion, il y a un apprentissage, et un réapprentissage aussi. Ce qui est « cool » à la poly est mal vu avec les jeunes qui participent aux sorties. Par exemple, à la cafétéria de la poly, il est cool de lancer son sac à lunch en l’air après avoir fini de dîner. J’ai fait ce geste en excursion, et ce fut très mal perçu. On me dit « On est écologique, et ça ne se fait pas ».

Image tirée de infohistory.com

Photographies de Georges Huard

Ça m’aide beaucoup d’avoir une activité programmée, telles les sorties régulières de la Société de Biologie, ou des activités parascolaires. C’est une façon d’éviter les voyous, qui eux semblent se contenter d’un monde totalement imprévisible.

 

Pour les autres ados, je suis considéré un nerd. Je vois bien les traits que j’ai en commun avec mon frère autiste, tels sa démarche, ses rituels répétitifs, son attachement à des objets comme des petits pots vides, qu’il ouvre et referme sans arrêt... pour moi, c’est ma première calculette scientifique, munie d’un chrono, sur laquelle je fixe les temps qui défilent sur l’afficheur.

 

Fixer l’afficheur est une façon de me détendre, comme pour un neurotypique qui compte sur sa cigarette pour se « détendre » à une époque où fumer est socialement encouragé. Les rituels répétitifs sont les petites manies qui peuvent irriter les neurotypiques, mais n'ont-ils pas leurs propres irritants?

 

Dans ma prochaine chronique, je me pencherai sur le temps du CÉGEP et le monde du travail.

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