Le cégep, un autre monde

Ma rentrée au cégep marque un grand changement dans ma vie. Fini les brimades du secondaire, et bienvenue à un environnement moins axé sur le conformisme et l’importance de suivre les modes à tout prix. Un gros soulagement, car plus personne ne me harcèle sur la longueur de mes cheveux, ma démarche, etc. Il y a plus de respect de certaines différences.

C’est le début d’une nouvelle vie, et c’est aussi mon premier voyage aux États-Unis : une visite à New York organisée par l’association étudiante. Nous sommes en 1977. On nous a remis une feuille avec les consignes de sécurité de l’époque : « Ne pas fixer les gens qui vous semblent étranges. », « Ne pas sortir après 8 heures du soir. », « Éviter de prendre le métro. ». Cette grande métropole fait de Montréal un village, en comparaison. Tous mes sens sont agressés... par les vendeurs d’équipement électronique qui cherchent à me vendre toutes sortes de gadgets; par les gens hyper pressés qui me bousculent, par le trafic et l’incessant bruit de klaxons... Cette visite de New York, pour les autres étudiants, est une occasion de faire la fête et de visiter les boîtes de nuit, mais moi, je me réfugie dans les musées. Je passe bon nombre d’heures dans le Muséum américain d'histoire naturelle à admirer les dioramas de la préhistoire, les insectes montés, les dinosaures, et les pierres de la lune, rapportées par les astronautes de diverses missions Apollo.

Au cours de mes études, j’apprends la coopération. Mes aptitudes en programmation, un domaine tout nouveau, alliées avec les talents de documentation de mes collègues étudiants, résulte en un vrai travail d’équipe dans les cours d’informatique. Mon talent compense mon manque d’habiletés sociales. Le département d’informatique étant petit, les rapports avec les autres y sont plus étroits et on y développe une certaine entre-aide.

 

En juin 1981, je termine le cégep avec un D.E.C. en informatique et j’obtiens mon premier boulot dans une petite boîte spécialisée dans le développement de logiciels comptables, de paie et d’inventaire pour les entreprises. C’est le début de mon indépendance, et c’est l’apprentissage de la « vraie vie ». C’est aussi un désapprentissage de bien des choses que ma mère m’a apprises, une sorte de mise à jour.

 

Ma mère m’avait mis en garde de ne pas paraître trop excentrique, sinon les gens allaient me prendre pour fou, et me faire enfermer. Durant longtemps, ma conception de la folie (ou de la maladie mentale) demeure fondée sur l’idée reçue disant que si on dévie de la norme, on passe pour « fou ». En 1981, j’emménage dans mon premier appartement, je me sens plus libre, mais c’est tout un apprentissage. Un jour, je croise un itinérant, drogué, et je lui adresse la parole. Ses propos incohérents me troublent. Je cherche à le réconforter, mais il se fâche pour un rien. Il devient menaçant, et c’est à ce moment que je comprends la distinction entre avoir une maladie mentale, et sortir de la norme. Étant curieux et ouvert, je passais outre aux conseils de ma mère d’être toujours méfiant et de ne pas parler aux étrangers. J’ai vite appris ma leçon, et dès que quelqu’un se montrait colérique, sur un désaccord mineur, je le laissais tomber. Les gens coléreux me font peur même aujourd’hui. Les propos haineux, homophobes, racistes, me répugnent.

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