Boozhoo! Je te salue et te reconnais comme le ou la descendante de l’Ani-nishina-abe, Premier-être-humain-placé-sur-Terre et rend hommage à notre Premier enseignant Wanayboozhoo

Je te rencontre où que tu sois et te parle en mon nom, en celui de mes ancêtres et en celui qui habite en moi. De moi, tu peux apprendre que le langage est d’abord symbolique et la parole sacrée. J’appartiens à un peuple issu de la tradition orale qui a développé la mémoire de son histoire et de ses origines mythologiques. Seuls les e-ki-na-ma-di-win, enseignements importants et prophéties ont été dessinés, gravés ou peints en pictogrammes* et conservés sur des rouleaux en écorce de bouleau ou sur des peaux de cervidés. Seuls quelques initiés, aujourd’hui, peuvent encore les décoder. 

Depuis plus d’une vingtaine d’années, je m’intéresse, en tant qu’artiste appartenant à la culture Odawa, au langage symbolique des cultures autochtones. Sans dire que j’en suis devenue une spécialiste, je dirais plutôt que j’ai appris à intégrer leur contenu mystérieux dans ma pratique artistique pour exprimer ma relation avec le sacré. Pour nous, la nature est sacrée. C’est donc dire que les formes symboliques utilisées ou réinventées sont puisées dans le répertoire mnémonique de l’artiste qui vit en relation avec la nature. 

Dans le monde cyclique des saisons et des lunes, les Ani-nishina-abec, ont adopté depuis des millénaires, un mode de vie nomade ou semi-sédentaire dans le but de « prendre soin de la Terre-Mère que le Créateur leur avait donnée » ou en d’autres mots, de gérer les ressources du grand territoire des Forêts de l’Est et boréale (se situant aujourd’hui des provinces atlantiques descendant la Côte-Est jusqu’en Virginie aux États-Unis, s’étendant ensuite à l’est du Mississippi, et remontant jusque dans la région des Grands Lacs et plus au nord à la baie James, pour ensuite continuer vers le Nord-ouest canadien, jusqu’aux montagnes Rocheuses). Afin de mieux connaître et respecter les lois naturelles et cosmiques, ils ont conjugué avec art la pratique de la science et de l’amour pour la Terre-Mère, en développant une culture, une langue et des rites sociétaires permettant de maintenir l’équilibre entre les ressources physiques et métaphysiques.

 

Dans cet univers, le peuple Ani-nishina-abec a fait l’apprentissage de techniques de survie fort ingénieuses et d’un savoir-faire médicinal des plus remarquables, grâce au Premier enseignant Wanayboozhoo qui a transmis à nos grands-parents, les e-ki-na-ma-di-win, les connaissances et les enseignements qui, à leur tour, nous ont été transmis dans un mode d’apprentissage en harmonie avec Toute-Chose-Venue-de-la-Création animée et en parenté les unes aux autres. Dans ce contexte, la société humaine demeure régie par les mêmes principes de vie indissociable à l’origine mythique de la création. Subsiste un des mythes les plus puissants, celui de l’histoire de la Création, que nous retrouvons chez la plupart des peuples Algiques et Iroquoïens en Amérique du Nord et ailleurs à travers le monde, là où la croyance au culte de la Déesse-Terre-Mère ne s’est pas éteinte, là où le temps se vit en relation avec toutes choses en évolution avec la Création.

* Pictogramme : terme décrivant l’écriture symbolique utilisée par les Anciens de la Loge de la Midewiwin.

Note : vous pouvez entendre la prononciation des mots soulignés en cliquant sur ces mots.

à suivre...

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