grandes surfaces, les généreux coups de pinceau, la peinture onctueuse, la composition audacieuse mais toujours en harmonie avec l’architecture, la joie de la couleur… Et c’est un bonheur pour moi que d’être dans le quotidien des gens, avec mon œuvre sur un plafond d’église par exemple, ou sur le mur d’une institution. » Ses murales permettent ainsi aux gens de s’approprier un pan de leur histoire qu’elle soit religieuse ou qu’elle rappelle un épisode du Manitoba français.

 

« En même temps, la bande dessinée me passionne aussi. Au contraire de la peinture murale, ici, ce sont des cadres très réduits et nombreux sur une page, au dessin très détaillé. Tel un film sur papier, la BD est un art séquentiel, temporel, en mouvement, qui nous entraîne dans une histoire par une séquence d’images et par le mot écrit. La peinture est statique, la BD est dynamique. » Alliant art visuel et littérature, Robert Freynet confie que c’est depuis l’âge de neuf ans qu’il crée des bandes dessinées.

 

Artiste engagé ?

 

L’amour de la francophonie n’est jamais loin dans la vie de celui qui a étudié la peinture à Bordeaux, en France. Son désir de transmettre les traces du passé pour mieux savoir où l’on va anime bon nombre de ses œuvres. « Lorsqu’on creuse un peu dans les livres d’histoire, on se rend compte que nous marchons ici sur une Terre sacrée. De véritables géants nous ont précédés. Leurs vies sont comme des pièces intéressantes qui se sont jouées sur la même scène que nous occupons aujourd’hui. Si, dans le cadre d’une recherche dans un livre d’histoire poussiéreux, je découvre un fait inusité et passionnant, j’ai hâte de le mettre en scène, avec art, en bande dessinée pour le rendre accessible à tous. J’ai remarqué qu’une fierté se développe chez l’habitant lorsqu’il connaît un peu l’histoire de son coin de pays. Une construction identitaire s’opère, et il a tendance à s’impliquer davantage dans la communauté pour aider à créer une vie future plus riche. »

 

Son engagement envers la communauté est réel, senti, inspirant. Il vient du plus profond de son être. « Les Franco-Manitobains, voire les Canadiens français, vivent leur situation minoritaire en revendiquant, en s’organisant, en défiant l’inévitable, en s’adaptant, en s’exprimant à travers une culture particulièrement dynamique. Cette joyeuse communauté m’a beaucoup nourri, et j’ai envie d’en faire partie, de participer à son épanouissement. Je veux aussi parler, dans mes bandes dessinées, de son histoire surprenante dans l’Ouest canadien. »

 

En même temps, il ne ferme pas la porte à l’autre. La preuve, sa bande dessinée sur Louis Riel a été traduite en anglais. Quelles ont été les réactions des anglophones à la lecture de ce héros francophone ? « On a été étonné, en lisant Louis Riel, Patriot (Vidacom) de l’ampleur et la complexité de cette histoire. La perception du Canada anglais par rapport à Riel n’est pas nécessairement la même que pour le Canada français. Traître pour l’un, héros pour l’autre, on apprécie donc cette seule et unique bande dessinée en deux versions, anglaise et française. Les médias anglophones en ont beaucoup parlé. »

 

Un mot sur les projets à venir ? « Je peaufine actuellement ma toute dernière bande dessinée : Mission Rivière-Rouge – L’histoire d’un peuple et de son Église. Je suis à la dernière étape de production avant sa publication aux Éditions du Signe en France. Cette BD sera disponible au grand public dès le 1er juillet 2018, aux Éditions des Plaines et chez les libraires. C’est à l’occasion du bicentenaire 1818 – 2018 de l’arrivée de l’Abbé Provencher à la Rivière-Rouge que j’ai créé une bande dessinée qui met en scène des faits historiques marquants de l’Église catholique dans l’Ouest canadien. On y découvre la traite des fourrures, les voyageurs, la chasse au bison sur la prairie, l’épopée des Métis et des Premières Nations, la fondation de la province du Manitoba… J’ai aussi un autre projet, déjà entamé, d’une bande dessinée intitulée : Voyageurs des Prairies – Les aventures de Jean-Baptiste et Marie-Anne Lagimodière. Ce couple pionnier marqua les débuts de la Rivière-Rouge à l’aube du XIXᶱ siècle. Leurs aventures légendaires seront racontées à travers la lentille du neuvième art. Cette prochaine bande dessinée sera publiée aux Éditions des Plaines. »

 

Une histoire à suivre assurément.

Artiste multidisciplinaire, il aime la bande dessinée, la peinture et aussi la sculpture à l’occasion. L’artiste né à Saint-Boniface, au confluent des rivières Rouge et Assiniboine, transmet aussi son savoir à travers des cours de peinture qu’il donne à la Maison des artistes – ancien Hôtel de Ville de Saint-Boniface –, qu’il a cofondée en l’an 2000 avec quatre autres artistes. L’endroit idéal pour la relève.

 

En ce qui concerne ses créations, quels sujets l’artiste affectionne-t-il en particulier ? La religion pour le côté spirituel que lui procure l’acte de peindre… Et l’histoire. À tel point que La Vérendrye et Louis Riel lui ont inspiré des bandes dessinées publiées aux Éditions des Plaines.

 

Du plus grand au plus petit

 

Mais y a-t-il une forme d’art qu’il affectionne plus particulièrement ? « J’aime bien peindre les peintures murales intérieures, avec ses

Il a plusieurs cordes à son arc. Vous voyez, bien sûr, ses dessins dans Le Nénuphar chaque mois. Mais si vous êtes déjà passé par le Palais législatif du Manitoba, la cathédrale Saint-Boniface ou sur le site historique Monseigneur-Taché à Sainte-Geneviève, vous avez sans doute aussi vu ses murales. Mais Robert Freynet, c’est beaucoup plus que cela.

Robert Freynet ou l’homme aux multiples pinceaux

Robert Freynet

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