Vous venez d’accoucher. Félicitations pour votre beau bébé! Comment vous sentez-vous? Dites franchement, comment vous vous sentez mentalement et physiquement?

Durant les 9 ou 10 derniers mois, on vous a questionné sur l’évolution de votre grossesse. Vous avez reçu double attention par des interactions verbales et physiques. Vous avez aussi eu d’intenses discussions au sujet de votre rôle futur de parent, et tout ça a nourri votre hâte d'enfin tenir votre bébé dans vos bras.

Voici l’accouchement derrière vous à présent et, aussi mouvementé qu'il ait pu être, vous passez les jours suivants à répondre aux questions des gens préoccupés par votre état de santé, à échanger des expériences de naissance, à recevoir des visites. Puis c’est le moment d'affronter plusieurs changements pour la mère que vous êtes devenue. Parmi les tout premiers figurent le traumatisme de la naissance, le manque de sommeil, la maladie ou les infections, et l'absence d'un réseau de soutien. Durant le premier mois suivant la naissance, 80 % des femmes souffrent d’une forme quelconque du syndrome du troisième jour (baby blues) considéré comme une réaction normale à la disparition des hormones de grossesse et au début de la production de lait, mais qui varie en intensité et en longueur d'une mère à l'autre. Le nombre de femmes chez qui on a diagnostiqué une dépression post-partum au cours de la première année est de 12 à 15 %. On rencontre aussi parfois la psychose du post-partum, une réaction émotionnelle plus rare (0,01 %, soit à une fréquence d'une à deux naissances sur 1 000). On dit que si vous souffrez d’une psychose du post-partum, tous s’en rendent compte, sauf vous.

Alors, comment vous sentez-vous? Comment sont vos habitudes de sommeil et d’alimentation? Et vos interactions sociales? Quand êtes-vous sortie de la maison la dernière fois? Êtes-vous triste, fâchée, désappointée, soucieuse ou épuisée? Dépassée peut-être? Remplie de culpabilité, de colère, de regret? Vous sentez-vous seule ou inquiète? Vous voyez-vous comme une mauvaise mère qui n’a pas ce qu’il faut pour l’emploi?

Les troubles affectifs postnataux

Lorsque vous regardez votre bébé, pensez-vous : « Je n’aime pas ce petit être ». Vous demandez-vous pourquoi toutes les autres femmes peuvent aimer leur bébé ou même avoir le béguin pour leur bébé.

Cherchez-vous des moyens de vous enfuir ou de vous enfermer dans une pièce pour pleurer? Vous mettez-vous en colère envers votre conjoint ou vos enfants pour des riens? VOUS N’ÊTES PAS SEULE!

Si vous constatez qu’un de ces sentiments, émotions ou réactions influence votre capacité de vous occuper de vous-même ou de votre bébé, n'hésitez pas à en parler à quelqu’un! Souvenez-vous que c’est correct de ressentir des émotions! Les émotions sont une bonne chose, mais ce que nous ressentons ne l'est peut-être pas... et ça aussi c’est correct.

La dépression post-partum est une réalité, et est « anormale ». Elle ne nous définit pas comme mère ou individu, mais il s’agit d’une réalité dont nous devons parler, afin d’éliminer la stigmatisation dont elle fait l'objet, et être en mesure d’appuyer les personnes et les familles de nos collectivités. Le fait d'élever seule des enfants est déjà exigeant et difficile, et l'ajout d'une maladie mentale n’allège pas la tâche.

Il est vrai que la période postnatale n’est pas toujours agréable pour tous et peut être ressentie comme une odyssée sombre et solitaire. Lorsque l’excitation de la naissance s’est estompée, plusieurs d’entre nous se sentent isolées et dépassées par de nouveaux rôles. C’est ici qu’entre en jeu l’importance de bâtir un réseau de soutien.

À titre de personne qui a souffert d’une dépression post-partum et qui s'en est sortie, je veux vous confier un secret : les jours où vous avez besoin d’un câlin et qu’il n’y a personne autour, un arbre peut faire l’affaire! Choisissez le plus gros pour l'entourer de vos bras. Plus il sera gros, mieux il supportera le poids que vous avez sur le cœur. Mère nature comprend notre chagrin.

À titre de personne aidante, rappelez-vous d’écouter attentivement et de prendre au sérieux ce qu’on vous confie. Demandez ce que vous pouvez faire pour aider. Offrez ce que vous pouvez. Ne demandez pas pourquoi, apportez simplement une tasse de café ou une légère collation.

 

Aux mamans, s’il vous plaît, rappelez-vous : parlez-en! Permettez-vous de vivre vos émotions. C’est correct. Ça ne durera pas toujours. Vous n’êtes pas seule et vous êtes aimée plus que vous ne l’imaginez!

Témoignages

Voici quelques témoignages de femmes ayant souffert d’un trouble affectif postnatal ou connaissant quelqu’un qui en a souffert :

« C’était mon secret que la honte et l’embarras gardaient en otage. »

 

« J’ai fini par m’ajuster à ma nouvelle « normalité » et la vie a continué, mais je ne me suis plus jamais sentie la même. »

 

« Je savais que je ne pouvais pas faire semblant cette fois. Quelque chose devait changer. L’idée d’en parler à quelqu’un, à N’IMPORTE QUI, me paralysait. Je sais maintenant que ce que je ressentais n’était pas un reflet de moi comme mère ou comme femme, mais parfois, je me sentais accablée et vidée. Même si je connaissais d’autres femmes ayant souffert de dépression post-partum, j’avais l’impression d’être la seule à me sentir AINSI. Une mère ne peut pas donner à partir de rien. Chaque mère a besoin de validation émotionnelle, mentale, physique et spirituelle, de nourriture et de soutien. Lorsqu’une mère est respectée et bien soignée, elle en profitera ainsi que toute sa famille. »

 

« L’esprit embrouillé et le cœur tuméfié... c’est ainsi que j’explique mon expérience de la dépression post-partum. »

 

« Je voulais pleurer, mais je n’en étais pas capable. Je me suis coupée du monde. J’ai commencé à avoir des cauchemars et, même en plein jour, des pensées effroyables me traversaient l’esprit, par exemple ce qui se passerait si mon véhicule quittait la route. J’espérais mourir ou à tout le moins être hospitalisée pour profiter d’une pause. »

« Mon bébé pleurait. Je ne pouvais plus le supporter. Je voulais seulement le jeter dans le banc de neige. Je lui criais après. Je criais après tout le monde. Je ne me suis jamais sentie si mal, si hors de moi. Chaque pouce de mon corps était douloureux. Je ne pouvais pas penser normalement, du moins suffisamment pour prendre des décisions. »

 

« Durant le jour, j’étais un zombie. Je ne pouvais pas suivre le rythme de la vie quotidienne. Partout où j’allais, un nuage me suivait. »

 

« Je n’ai jamais souffert de dépression post-partum ni d’anxiété post-partum, mais une amie qui en a souffert m’a dit que la chose la plus importante pour elle était de s’assurer d’avoir son réseau de soutien et de rester en contact avec les gens, peu importe à quel point elle voulait s’isoler et se retirer. Parce que quand tu ne peux pas voir la lumière au bout du tunnel, tu as besoin de pouvoir compter sur ceux qui t’aiment pour t’assurer qu’elle est bien là, cette lumière, et t’y conduire. »

 

 

Voici un diaporama (en anglais) préparé par des femmes d’ici,
plusieurs d'entre elles sont des amies personnelles :

Bon visionnement!

Liste de tous les articles.jpg
Concours.jpg