À l’aube de 2007, année des 18 ans d’Élianne, la vie est belle. Elle étudie en bio-écologie et se dirige en biologie marine. Elle est athlète en vélo de montagne, a un amoureux et part pour le Mali visiter son frère et sa famille... Élianne est heureuse. Jusqu’à la journée fatidique où sa vie bascule.

Les textes de cette chronique proviennent d'extraits de courriels envoyés à la famille par Jocelyne, sa maman. L’histoire d’Élianne m’a bouleversée et je voulais vous donner la chance de la lire. Pour vous faire connaître un peu Élianne, nous avons débuté cette chronique dans le numéro de mai 2017 par son voyage au Mali avec Jocelyne. Nous vous recommandons cette lecture préalable. MISE EN GARDE : certaines images et textes peuvent heurter la sensibilité des personnes non averties.

Elle revient!

12 juin 2007

 

Juste écrire la date du jour me permet de m’orienter un peu plus dans le temps. J’en perds pas mal le fil ces jours-ci.

 

C’est le docteur Marsolais qui a pris la relève pour la semaine. Comme je le connais déjà un peu, cela me soulage. Il est très inquiet du bras gauche d’Élianne qui est très, très induré. Il dit qu’ils devront peut-être ouvrir pour relâcher les pressions à l’intérieur.

 

Je passe beaucoup de temps avec elle, parfois je la sens très, très loin, parfois beaucoup moins. Je ne sais pas ce qui fait la différence, juste une impression. Peut-être les clignements d’œil en sont-ils la cause, même si le doc a dit que c’était un réflexe. Parfois elle ouvre ses yeux très grands, c’est une impression étrange, mais apaisante, comme si elle me disait qu’elle est LÀ.

 

Ces deux derniers jours, je suis souvent passée par l’entrée de l’urgence pour monter la voir. Le corridor interminable, placardé de pancartes jaunes « URGENCE », m’a ramené aux premiers instants de notre arrivée la nuit du 20 mai. Je nous revois angoissant, capotant en fait, dans l’attente de la voir et souffrant par la suite de constater son état. Quelles ont été longues ces heures passées dans la salle de trauma, des moments dont on voudrait vraiment qu’ils soient juste un cauchemar vite oublié le matin.

Je vous présente ma partenaire de raquette. Cette photo a été prise au parc du mont Mégantic sur le sommet du mont St-Joseph, en mars dernier. Qu’est-ce qu’elle est belle!

– Francine

13 juin

 

Pas trop de nouveau à vous dire ce matin, elle se maintient. Hier, ils ont essayé de baisser le gaz NO, mais finalement ils ont dû le remettre en soirée, car sa pression intracrânienne montait à cause des mauvais échanges gazeux. Donc, ses poumons ne sont pas prêts à se passer de cela. Je lui faisais des blagues en lui disant qu’elle devient une droguée au NO. Il semble que le sevrage sera plus long.

 

Elle cligne pas mal des yeux. Parfois, quand ils sont ouverts on a l’impression qu'elle est un peu là, d’autres fois, non. Elle fait aussi quelques mouvements contre son respirateur, je l’ai vu bouger le menton à plusieurs reprises, comme si elle avait des hauts-le-coeur et l'inhalo m'a dit qu’il lui arrive de mordre son tube. Je vais demander une rencontre formelle aujourd’hui ou vendredi avec Dʳ Marsolais pour savoir plus ce qu’il en pense.

 

14 juin

 

Élianne a été en salle d’opération en soirée hier, pour une chirurgie exploratoire de son bras, car il y avait de grands dangers d’infection et de destruction musculaire. Finalement, il n’y avait qu’un très gros hématome, ils ont installé un drain et tout devrait guérir facilement d’après le chirurgien.

 

D’après le docteur Marsolais, ses poumons demeurent la grosse problématique. Il dit que c’est comme une grosse plaie à vif à l’intérieur et que quand ses échanges gazeux (oxygène et gaz carbonique) sont perturbés, cela affecte sa pression intracrânienne. Sinon, le reste n'est pas pire. Il dit que c’est toujours vrai qu’au niveau cérébral tout est possible, le pire et le mieux, qu’eux continuent de travailler dans le sens de L’ESPOIR. Il dit qu’elle ne réagit toujours pas à la douleur, par contre, il a remarqué qu’elle ouvre ses yeux plus souvent de façon spontanée ou en réaction à des stimuli, il dit aussi qu’il a parfois l’impression qu’il y a QUELQU'UN derrière! Chose certaine, elle a beaucoup réagi aux voix hier soir, à celles de Jessica et Josiane, ses amies qui étaient avec elle lors de l'accident, les filles étaient ben contentes, et à celle de Gilbert, juste avant l’opération il lui a parlé et elle a ouvert très, très grand ses yeux.

 

Aussi, je lui ai mis une goutte de lavande sous le nez et elle a bien réagi.

 

On sait qu’elle mord parfois son tube d'intubation, donc il y a quelques petits mouvements, je m'encourage avec ça.

 

Quand je suis avec elle, je lui parle souvent, je lui dis ce qui est arrivé, ce qui va bien, ce qui doit guérir. Je lui dis aussi qu’elle est toujours aussi belle au cas où elle serait inquiète de son apparence. Bien sûr, je lui dis aussi que je l’aime, qu’on l’aime tous, qu’on est toujours là et qu’on l’attend avec l'aide de tous nos amis.

 

15 juin

 

OUI, OUI, OUI!

 

Ma sœur Francine est revenue tout émue hier de sa visite à Élianne. Pour la première fois à notre connaissance, Élianne aurait réellement cligné de façon franche et évidente deux fois des yeux à la demande de l’infirmière. Les autres infirmières, l’inhalothérapeute et ma sœur sont convaincues que c’était une vraie réponse et non un réflexe!!!

 

De façon évidence, elle semble plus « présente » par moments. Elle ouvre beaucoup les yeux, elle réagit à ce qu’on lui dit. Tout ce qu’elle bouge pour l’instant, ce sont ses yeux et sa langue (c'est nouveau ça aussi). Elle m’a presque fait une grimace hier à ma demande. Son infirmier de nuit me dit qu’elle réagit à son nom!!! avec ses yeux. Il m’a dit qu’à 6 h ce matin, ils vont cesser un des calmants qu’elle reçoit.

 

Finalement, j’étais bien heureuse hier soir, toutes ces petites victoires me comblent. Petit à petit, j’en suis certaine, elle nous reviendra, ma belle poupoune.

 

JE VOUS EMBRASSE TOUS ET TOUTES, gardez en vous cet espoir qui nous habite et continuez de lui envoyer toutes vos belles énergies.

 

16 juin

 

ELLE EST REVENUE!

 

Après la belle surprise de jeudi soir, cela se poursuit. Hier matin à mon arrivée sur l’unité, tout le monde était en émoi : Élianne a répondu aux commandes verbales de son infirmière, elle a bougé deux doigts et son pied droit. La réponse est lente, très lente, mais véritable et j’ai assisté aussi à un moment où elle a bougé son index à la demande. C’est très très long pour elle d'amorcer un mouvement, elle en tremble. Elle bouge beaucoup ses yeux et sa bouche, quand je lui ai mis du baume sur les lèvres, elle est littéralement venue le chercher avec sa langue. Elle nous regarde et je crois qu’elle essaie de nous dire quelque chose avec ses yeux. Elle a aussi commencé à grimacer à la douleur et même fait une amorce de mouvement de retrait à la douleur, ce qui est bon signe.

 

On voit que tout le personnel est bien attaché à elle, c’était la conversation du jour sur l’unité et toutes les infirmières qui la connaissent venaient me parler.

 

Donc, hier soir, la consigne était repos, elle était de plus en plus endormie avec son calmant et on lui disait de faire un beau dodo pour être en forme aujourd'hui. Elle ouvre quand même les yeux quand on lui parle, elle semble bien LÀ, et ce matin, j’essaierai d’avoir une petite conversation avec elle.

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